La proposition concordataire :
Une solution judicieuse pour éviter la faillite à une PME
insolvable
RAYMOND, CHABOT INC.
Conseiller en redressement financier - Syndic de faillite
Contenu
Introduction
Agir Tôt
Dernier recours
Rentabilité obligatoire
L'appui du prêteur à court terme : une
condition essentielle
Avantages de la proposition
Créances des gouvernements : bonne
nouvelle
Introduction
Bon nombre de PME ont éventuellement à faire face à une crise
financière importante qui pourrait, à la limite, mettre fin
à leur existence.
Souvent, les actionnaires, les employés, les clients et les
fournisseurs dépendent financièrement du sauvetage de la PME
insolvable. Cependant, ils peuvent envisager une solution
magique et abordable qui permet régulièrement à des PME de
se sortir d'un bourbier financier. C'est la proposition concordataire
(ci-après "proposition"), sous le régime de la Loi sur la
faillite et l'insolvabilité (ci-après "LFI"). La proposition
est une offre qu'une entreprise fait à ses créanciers, par
l'entremise de son syndic, afin de modifier ses obligations
à leur égard. Une PME peut proposer à ses créanciers de réduire
le montant de ses dettes, de prolonger le délai de remboursement
des dettes, ou encore d'en arriver à une combinaison de ces
deux possibilités.
Agir tôt
Plus l'entreprise agit tôt dans l'évaluation de l'ampleur
de ses problèmes financiers, plus elle sera en mesure de trouver
une solution viable.
Nous vous présentons ici une liste de signes avant-coureurs
de problèmes financiers :
- absence de renseignements financiers à jour;
- tendances négatives des ratios financiers habituels;
- écarts défavorables entre les résultats réels et les prévisions;
- paiement ralenti aux fournisseurs et problèmes d'approvisionnement
qui en découlent;
- augmentation des créances gouvernementales;
- accumulation exagérée des comptes clients et des stocks;
- vente de biens générateurs de revenus;
- renseignements de tiers indiquant une augmentation du
nombre d'enquêtes de solvabilité;
- tentatives de refinancement ou demandes en vue d'obtenir
de l'aide du gouvernement;
- niveau d'emprunts qui atteint régulièrement les limites;
- nombre élevé de litiges;
- politique de croissance, d'acquisition ou de diversification
trop ambitieuse;
- mouvements et/ou changements dans le personnel de direction
ou dans le comportement de celui-ci;
- accroissement du taux d'absentéisme et du nombre d'accidents
chez les employés;
- mauvais état des locaux (malpropreté);
- augmentation du nombre de plaintes des clients.
Dernier recours
Il est primordial de bien comprendre que, lorsque les documents
statutaires sont déposés au Bureau du surintendant des faillites,
la proposition ne peut plus être retirée par l'entreprise.
La décision de l'entreprise de demander la protection de la
LFI est irréversible.
Si la proposition est refusée par les créanciers lors de
l'assemblée, l'entreprise devient automatiquement en faillite.
Pour cette raison, vous comprendrez que nous considérons la
proposition comme une solution de dernier recours.
Par conséquent, il est extrêmement important, avant de déposer
une proposition formelle, que l'entreprise examine avec ses
conseillers toutes les possibilités de s'en sortir par un
autre moyen, car celle-ci pourrait causer un bouleversement
important pour les actionnaires advenant un refus par les
créanciers.
Rentabilité obligatoire
Lorsque les dirigeants en sont venus à la conclusion que
l'entreprise doit absolument faire une proposition formelle
à l'ensemble de ses créanciers en ayant recours à la protection
de la LFI, ils doivent se poser une question fondamentale
: les opérations de l'entreprise sont-elles rentables ou peuvent-elles
le devenir à moyen terme?
Plusieurs entreprises ont mis en oeuvre le processus de
redressement présenté dans une proposition acceptée par les
créanciers sans réussir à être viables à long terme.
Ces entreprises n'ont pas réussi à régler leur problème
fondamental, soit celui de rentabiliser leurs opérations .
Même si elles ont réglé leur problème de surendettement et
rééquilibré leur bilan financier après que les créanciers
eurent accepté un compromis important en radiant une partie
de leurs créances, elles n'ont pas généré les profits suffisants
à même les activités courantes qui justifient leur raison
d'être. Et elles ont fini par fermer leurs portes, bien qu'elles
aient réussi avec brio à mettre en application leur proposition.
Toutefois, lorsque des difficultés passagères ont engendré
un passif insurmontable, sans une entente avec l'ensemble
des créanciers, l'entreprise devrait faire une proposition
pour retrouver sa viabilité à long terme.
L'appui du prêteur à court terme :
une condition essentielle
Généralement, lors d'une crise financière importante, les
entreprises utilisent la totalité de la marge de crédit autorisée
par le prêteur à court terme et elles ne respectent pas les
ratios standards de 50 % de la valeur des stocks et de 75
% de la valeur des comptes clients (excluant les 90 jours
et plus). Par conséquent, elles se retrouvent en défaut selon
le contrat d'emprunt signé avec le prêteur à court terme.
Après le dépôt de la proposition, le prêteur à court terme
ne peut pas révoquer son autorisation de marge de crédit avant
que la proposition soit approuvée par les créanciers et par
le tribunal. De son côté, l'entreprise ne peut exiger de nouvelles
avances de fonds et elle doit négocier avec le prêteur à court
terme les modalités d'utilisation de la marge de crédit, en
fonction de la fluctuation des comptes clients et des stocks,
jusqu'à ce que la proposition soit acceptée ou rejetée.
À la suite de l'approbation de la proposition par le tribunal,
le prêteur à court terme pourrait toujours révoquer la marge
de crédit, remboursable à demande, ce qui serait dramatique
pour l'entreprise.
Sachant que les relations entre l'entreprise et le prêteur
à court terme sont vitales dans une réorganisation commerciale,
l'entreprise doit obtenir l'appui de son prêteur à court terme
avant de déposer une proposition afin d'avoir l'assurance
que ce dernier poursuivra le financement des opérations tant
après le dépôt de la proposition qu'après son exécution intégrale.
En pratique, la prêteur à court terme fixe généralement la
nouvelle marge de crédit au montant utilisé par l'entreprise
lors du dépôt de la proposition et elle exige que les chèques
émis durant la période qui suit soient nécessaires aux opérations
courantes.
De plus, jusqu'à ce que le tribunal ait rendu une décision
relativement à la proposition, le prêteur à court terme réexaminera
chaque semaine sa position bancaire, c'est-à-dire le rapport
entre la marge de crédit utilisée et la valeur des comptes
clients et des stocks. Le prêteur à court terme exigera que
sa position bancaire ne se détériore pas davantage par rapport
à la situation qui existait au moment du dépôt de la proposition.
En matière de droits des entreprises et des prêteurs à court
terme, la législation n'est pas claire concernant les contrats
de marge de crédit remboursable à demande. Pour une entreprise,
la seule façon de régler cette question consiste à s'entendre
avec son prêteur à court terme avant le dépôt de la proposition
et à tout mettre en oeuvre pour conserver à long terme la
confiance de ce dernier et ainsi éviter qu'un jour celui-ci
mette fin à leur relation d'affaires.
Avantages de la proposition
Voici les avantages de la proposition :
- elle permet d'éviter de négocier individuellement avec
chacun de vos créanciers;
- elle suspend les procédures de tous les créanciers et
permet la levée des saisies des comptes de prêteur à court
terme, des comptes clients et des autres actifs;
- elle permet le maintien des opérations de l'entreprise;
- elle permet d'éviter la prise de possession des actifs
par le syndic;
- elle permet d'éviter la publication d'un avis de faillite
dans un journal local;
- l'entreprise doit obtenir l'approbation des créanciers
non garantis par une majorité en nombre et une majorité
des deux tiers en valeur.Lorsque la proposition est approuvée
par les créanciers, celle-ci lie tous les créanciers non
garantis, incluant ceux qui sont réfractaires et qui ont
voté contre la proposition; évitant ainsi d'avoir l'obligation
d'obtenir l'approbation de 100 % des créanciers non garantis;
- la proposition peut également être faite au ministère
du Revenu du Québec et à l'Agence du revenu du Canada, et
elle permet de négocier la responsabilité des administrateurs
concernant les créances fiscales (à l'exception des arrérages
de déductions à la source).
- elle permet de conserver l'avantage de reporter des pertes
fiscales aux années subséquentes en vue de réduire le revenu
imposable durant les sept prochaines années.
Lorsqu'il y a un nombre important de créanciers non garantis,
il est pratiquement impossible pour une entreprise de négocier
individuellement avec chacun d'eux. Les arrangements à l'amiable
ne lient que ceux qui y souscrivent et n'empêchent pas les
créanciers réfractaires d'entreprendre des procédures. En
pareil cas, la proposition est nécessaire au sauvetage de
l'entreprise.
Créances des gouvernements : bonne
nouvelle
À titre de créanciers, les gouvernements sont clairement
assujettis à la LFI. Ils ne sont ni créanciers garantis, ni
créanciers privilégiés, exception faite des arrérages de déductions
à la source.
Par conséquent, la proposition peut être présentée au ministère
du Revenu du Québec pour ce qui est des arrérages de TPS et
de TVQ.
Cependant, la proposition doit prévoir le paiement entier
des arrérages de déductions à la source dans les six (6) mois
suivant l'approbation de la proposition par le tribunal.
Fait à noter : la proposition peut prévoir, lors de l'approbation
par le tribunal, que les administrateurs de l'entreprise seront
dégagés de leurs responsabilités statutaires concernant les
créances gouvernementales.
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Dernière mise à jour : 10 janvier 2012
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